Comprendre le traumatisme
Trauma simple, trauma complexe :
ce qui change dans l’accompagnement
Le mot « traumatisme » recouvre des vécus très différents. Après un accident, une agression ou la perte brutale d’un proche, il y a un événement, avec un avant et un après. Après des années de violences, de négligence ou d’humiliations dans l’enfance, il n’y a pas un événement mais un climat dans lequel on a grandi. Ces deux histoires laissent des traces différentes et ne demandent pas le même accompagnement.
« Ce que vous ne voulez ni ressentir, ni savoir, ni vous rappeler, est encore pire que les symptômes dans lesquels vous vous réfugiez. »
S. Ferenczi
Un événement isolé
Le trauma simple
Personne n’est préparé à cela. Que l’on peut perdre la vie, nous ne le connaissons que par le cinéma, les livres, les faits divers. Cela arrive aux autres. Puis un jour cela nous arrive, à nous : un accident, un incendie, une agression, un attentat, un deuil soudain. La sidération s’impose. C’est le choc ultime d’une expérience inédite, parfois terrifiante, où l’effroi prend toute la place. On reste comme dans un arrêt sur image, sans voix, sans recours possible.
Puis l’événement revient : images, cauchemars, sensations dans le corps. On évite les lieux, les personnes, les conversations qui le rappellent. Le corps reste en alerte, avec un sommeil haché, des sursauts, de l’irritabilité.
Ce qui entretient cet évitement, c’est souvent la peur d’avoir peur. Après l’attentat de la promenade des Anglais, un camion blanc, qui ne représente aucun danger pour la plupart d’entre nous, est devenu pour certaines personnes présentes ce soir-là un objet d’angoisse intense.
Avant l’événement, la vie suivait le plus souvent son cours. Le travail porte alors beaucoup sur l’événement lui-même : le mettre en mots à votre rythme, lui redonner sa place dans votre histoire pour qu’il cesse de s’imposer au présent.
Des violences répétées
Le trauma complexe
Lorsque les violences ont duré, qu’elles ont commencé tôt, et plus encore lorsqu’elles venaient d’un proche, de la famille, ce n’est plus seulement un souvenir qui est atteint. C’est la manière de se voir et d’entrer en relation.
À l’âge adulte, cela prend rarement la forme d’un souvenir précis. Ce sont des difficultés plus diffuses : se sentir différent des autres, ne plus savoir ce que l’on veut, avoir du mal à faire confiance comme à poser des limites aux autres, ce qui peut exposer à revivre des relations d’emprise ou de nouvelles violences (on parle de revictimisation), éprouver des émotions qui montent vite et que l’on ne sait pas apaiser.
Le corps aussi peut devenir étranger : on a parfois la sensation de ne plus s’habiter, d’être étranger à soi-même (la dépersonnalisation), qui va parfois de pair avec l’impression que le monde n’est pas réel (la déréalisation). Certaines personnes décrivent le monde comme un film dont elles seraient extraites, spectatrices. Cette mise à distance, que l’on appelle dissociation, a eu son utilité : elle a permis de supporter ce qui ne pouvait pas l’être au moment où cela se vivait. Mais ce qui protégeait alors peut devenir, des années plus tard, un symptôme très handicapant, qui coupe de soi, des autres et du présent.
Ces difficultés ont souvent la même racine : un enfant qui grandit auprès de ceux qui lui font du mal n’a d’autre choix que de plier, jusqu’à s’oublier lui-même.
Dans l’accompagnement
Ce que cela change
Le point de départ. Dans le premier cas, on part de l’événement. Dans le second, on part de la personne, de son histoire et de sa perception du monde. Revenir trop vite sur les faits peut raviver ce qui fait déjà souffrir.
Le rythme. Rien n’oblige à tout raconter, ni tout de suite. La signification d’un trauma est donnée par la personne, pas par l’événement lui-même. C’est donc vous qui décidez de ce qui se dit et du moment.
Le lien. Le temps de l’écoute et la création du lien thérapeutique sont fondamentaux. Pour quelqu’un qui a appris que la relation n’était pas sûre, être écouté sans être jugé devient en soi une expérience.
Les mots. Ce sont les vôtres. Il n’y a pas de bons ou de mauvais mots pour dire ce que vous avez vécu, ni de moment pour les trouver : certaines personnes les ont tout de suite, d’autres les cherchent longtemps, d’autres encore n’en ont pas. Je reçois ceux qui viennent, tels qu’ils viennent.
Ma place. Dans ce contexte particulier, je ne suis pas neutre. Votre souffrance est légitime et elle mérite d’être reconnue pleinement, sans réserve. Ce n’est pas mettre ma pratique de côté : l’écoute, l’absence de jugement et le respect de votre rythme restent les mêmes. Mais ici, la neutralité bienveillante n’a pas lieu d’être. Un soutien et la reconnaissance des faits sont fondamentaux, et il s’agit d’être davantage un témoin solidaire, aux côtés de la personne qui a subi.
Les limites de l’accompagnement. Mes limites en tant que thérapeute se situent lorsque les séances ne suffisent plus à atténuer la douleur psychique et lorsque l’intervention d’un médecin s’avère nécessaire. Je travaille alors avec votre médecin ou un psychiatre, et je vous aide à vous orienter.
Pour finir
Une frontière qui reste souple
Les deux formes se mêlent souvent. Un événement récent peut réveiller des vécus anciens, et une personne qui a grandi dans la violence peut aussi vivre un accident. Cette distinction n’est pas une étiquette à porter. Elle sert seulement à comprendre ce qui se joue et à ajuster l’accompagnement.
Ce texte ne remplace pas un diagnostic.
Je présente mon accompagnement du trauma et de l’attachement sur la page des accompagnements. D’autres repères et réflexions sont réunis dans Pour aller plus loin.
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